Qu’est ce la phénoménologie ?
Par Richard van Egdom
(*)
Voici une petite esquisse de
la phénoménologie pour non philosophes. Vous y trouverez en langage plus
compréhensible ce de quoi il s’agit et à quoi ça vous pourrait être utile. Il
s’agit d’un résumé de l’introduction pour médecins, kinés, ostéopathes et
autres psychologues donné à l’IUFP de l’université de Lille II
1. Les
phénoménologues utilises comme critère de connaissance l’”évidence”:
la
conscience des choses tel qu’elles se révèlent de la façon la plus claire et
différentielle possible par une approche adaptée aux choses de son genre.
Ces
pourquoi nous nous opposons à l’acceptation de ce qui n’est pas observable et à
son corollaire la construction de Grandes Théories explicatives invérifiables
tel par.ex. la psychanalyse, l’économie du marché, le socialisme.
Nous
pensons que l’existence de toute chose matérielle ou immatérielle, naturelle ou
culturelle ou personnelle peut être rendue évidente.
2. Nous
pensons que l’essence de la recherche (à comprendre) est son approche.
L’essence de ces approches est qu’elles sont des façons de rencontrer :
Nous ne
connaissons les sujets de notre recherche que comme nous les avons rencontrées.
Ces
pourquoi les Phénoménologues s’opposent à la présentation de l’objectivisme
mathématique comme description de la « réalité ».
3. La
conscience de notre mode de rencontre, de ce qu’il nous montre et de ses
limites repose sur notre capacité de décrire notre connaissance, nos
évaluations et nos actions.
En français on pourrait mal comprendre le terme. Il ne s’agit pas de réduire mais de nous reconduire vers l’essence de ce(ux) que nous rencontrons. Il s’agit donc de changer d’attitude, de quitter l’attitude qui nous coupe de l’autre (dualisme) pour retrouver une façon d’être en contact conscient = de rencontrer.
1.
Préliminaire = s’étonner (= retour heuristique),
Il s’agit ici d’un
préliminaire, c’est à dire d’une compétence sans laquelle toute démarche
phénoménologique reste impossible.
Ce n’est que dans la mesure
que nous sommes capables de mettre entre parenthèses de ce que nous croyons
déjà savoir - nos partis pris, nos a
priori etc. – que nous pourrons voir (+
autres sens) d’un œil neuf au-delà de ces croyances, au-delà de ces savoirs,
au-delà de ces partis pris, au-delà de ces a priori etc. qui régissent nos
perceptions.
Il s’agit entre autres de
regarder au-dessus des limites que nous posent nos « savoirs »
concernant les hommes, les femmes, les enfants, les jeunes, les vieux, les
musulmans, les chrétiens, les flamands, les rats, les politiciens, la justice
etc. ne nous invite pas à une naïveté quelconque mais nous permet justement de
percevoir ce que des personnes, groupes, institutions etc. font .
Dès que vous mettez entre
parenthèses ce que vous croyez déjà savoir, s’étonner redevient possible et
fait surgir des interpellations de la réalité, interpellations qui s’adressent
à vous, interpellations que, de fait, vous vous adresser via votre étonnement.
2.
S’ouvrir = retour herméneutique,
Ici on renter dans la de rencontre concrète.
Par
exemple : (choisissez un exemple concret de situation plus ou moins
conflictuelle dans votre couple, avec vos enfants, parents etc.).
Il s’agit de d’abord prendre un peu de temps pour vous
rendre compte de vos préjugés, cadres de référence, motivations au sens
large :
Personnelles : vos émotions, sentiments,
préférences, tendances, attentes, valeurs etc.
Sociales : en tant qu’homme ou femme, père ou mère,
fils ou fille, appartenant à différents
groupes qui apprécieront ou non ce que vous aller penser, dire, faire,
omettre,
Culturelles : mode de penser, idéologies etc.
Ce temps consacré à la prise de conscience, au retour à
ce qui influence et pourrait déterminer votre regard, attitude, action et les
vécus qui les accompagnent, …. Vous permettra petit à petit de vous libérer de
ces déterminations et à découvrir ce qui se montre que vos a priori.
Comme on devient forgeront en forgeant vous vous créerez
ainsi de problème en problème une attitude plus ouverte.
Ce retour s’apparente fort à la distinction que faisait
Piaget pour décrire l’essence de l’intelligence : la conscience de notre
approche nous permet de nous rendre compte de ce qu’elle ne peut assimiler.
Il s’agit de la prise de
conscience que ce que nous croyons percevoir n’est que phénomène, c’est à dire
produit par notre intentionnalité.
Sartre faisait ici la
distinction entre le monde en soi et le monde pour moi (pour nous). De Waelhens
insistait sur la confusion entre la réalité (l’objet matériel) et notre façon
de la voir (l’objet formel). Il est impossible de connaître le monde en soi, la
réalité. Ce que nous croyons être « la » réalité est toujours
« notre » réalité.
Cette attitude concrète,
réaliste, n’est possible que si nous acceptons notre solitude
existentielle :
Notre langage nous permet la conscience
mais de ce fait même nous sépare de l’autre.
Devant l’impossibilité de
connaître vraiment l’autre nous pouvons cependant mieux connaître notre
approche et que ce qu’elle nous permet de voir. Par-delà nous rendre compte de
ce qu’elle ne nous permet pas de voir.
Ce que nous croyons
« être » l’autre n’est ce que nous en faisons.
C’est ici que réside
l’importance de la distinction entre ce qui est observable et ce qui ne l’est
pas. Entre ce qui est évident et de ce qui est supposé, interpolé, ajouté,
imaginé, « ressenti » etc.
Plus nous parvenons à décrire
notre approche et ses conséquences (= ce qui nous arrive), plus nous prenons conscience de comment nous
créons ce que nous pensons être l’autre.
(de eidos, «All. « wesen »).
Nous ne vivons de situations
concrète en situation concrète qui nous pose problème (problèmes scientifiques,
économiques, sociaux, personnels, etc).
L’étymologie grecque de
« problème » = ce qui est à notre avant plan.
L’ordre et le désordre que
nous rencontrons dans les situations et au-delà dans notre vie se révèlent être
des conséquences de notre approche, voire être implicite ou un aspect de notre
approche. Pas de l’approche des autres : nous ne vivons pas dans leur
monde.
Cet ordre/désordre dont nous
sommes les créateurs de par notre réflexion ou irréflexion même se traduit dans
un vécu d’intégrité ou de désintégration.
Devant l’impossibilité de
découvrir le monde en soi, l’autre dans son essence en soi, nous avons la
possibilité de mettre de l’ordre dans notre approche.
C’est ici que rentre en jeu la
recherche d’invariants dans ce qui semble nous arriver.
Cette prise de conscience de
ce qui semble être récurrent dans notre approche et dans les problèmes qu’elle
nous crée nous met sur la piste de notre intentionnalité.
Trouver les invariants dans ce
qui semble nous arriver met de l’ordre (notre ordre) dans notre
intentionnalité, en quelque sorte la purifie :
Notre intentionnalité
s’intègre de plus en plus, résout ses contradictions internes, se simplifie,
devient moins compliqué, plus claire. Nous découvrons « notre »
essence.
« notre » est mis
entre guillemets parce qu’au cours de ce processus nous découvrons aussi que
cette essence nous habite plus ou moins à notre insu. Elle n’est pas le produit de notre seule volonté. Nous découvrons
plutôt ce qui nous habite.
Les liens entre cet esprit qui
habite notre action et ses conséquences nous devient plus clair. Nous rentrons
ipso facto dans une réflexion éthique, une réflexion sur les conséquences de
notre intentionnalité.
Notre vie ne s’arrêtant pas
avant la mort, le contexte en perpétuel changement, ce processus ne finit
jamais et nous ouvre ainsi sur l’infini.
(« Ontologique »
fait référence au fondement de notre existence).
Au fur et à mesure que nous
prenons conscience de notre intentionnalité et de ses conséquences nous nous
rendons capable d’élargir notre expérience de l’autre au-delà des limites de
notre intentionnalité. Nous pouvons en effet nous imaginer des intentionnalités
qui nous semblent, pour quelque de nos raisons que ce soit, meilleures.
Les problèmes (personnels,
sociaux, économiques, scientifiques, etc.) qui surgissent dans notre vie nous
forcent, en quelque sorte, à élargir notre mode de penser de façon à ce qu’il
puisse plus se rendre compte de l’autre en son altérité.
Nous pouvons découvrir comment
l’autre se révèle être différent de ce que nous attendions.
Ce processus n’est pas tout à
fait volontaire. Une fois mis en route au-delà des idées reçues qui nous
donnaient l’illusion de nous protéger du vide ce processus de la conscience est
par le désir de rencontre et de découverte de l’autre.
3. Quelques remarques
Comme on le voit, la méthode
(l’origine grecque « methodos » = voie) phénoménologique est un
processus cyclique continu qui cherche à s’approfondir.
Il ne s’arrête pas.
Il implique l’ouverture sur
l’infini.
Les origines de notre
intentionnalité se perdent dans notre histoire personnelle, dans les contextes
culturels, économiques et sociaux que nous avons traversés, dans l’histoire de
notre famille, de notre peuple, de notre pays, voire dans notre patrimoine
génétique sans oublier la part du hasard.
Pour le phénoménologue
rechercher l’origine de notre intentionnalité est une perte de temps.
De toute façon ce que nous
croirons (re)trouver ne sera qu’une création de ….. notre intentionnalité.
Notre intentionnalité ne se
trouve pas en nous dans quelque endroit psychique inobservable. Elle se trouve
dans le langage que nous parlons certes mais elle est directement observable
sous sa forme la plus concrète possible dans ce qui semble nous arriver.
Décrire ce qui semble nous
arriver nous révèle notre intentionnalité. Nous ne faisons que décrire ce que
notre intentionnalité crée.
2.
sur l’aspect affectif de la phénoménologie :
On pourrait s’étonner de
l’aridité de beaucoup de textes phénoménologiques.
Appliqué dans votre propre vie
et carrière elle ne peut-être qu’une voie vers la rencontre plus immédiate
d’autres qui surgissent dans votre vie, de résolution problèmes qui ne vous lâchent pas.
La phénoménologie, par la
confrontation à notre intentionnalité qu’elle propose nous permet de mettre
notre ordre dans notre vie sans « devoir » nier, refouler, couper
etc. avec ces autres qui, somme toute, ne font que nous.
Comme on le verra dans la
partie « phénoménologie du corps » nous ne nous arrêtons pas aux
limites de notre corps. L’idée d’un ego, d’un esprit qui vivrait dans notre
corps n’est possible que pour autant qu’on fasse abstraction du langage comme
phénomène social.
De par nos sens et ce langage
qui est devenus le nôtre nous vivons en contact immédiat avec notre monde. Nous
et notre monde sont inséparables. Nous sommes notre monde.
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* Richard van Egdom, sociologue
(K.U.L) est didacticien en analyse existentielle.
Contact : richard.van.egdom@skynet.be