QU’EST CE

L’ANALYSE EXISTENTIELLE ?

LES STADES DE LA MATURITE.

Par Richard van Egdom,

didacticien en analyse existentielle

index des textes:

Introduction à la phénoménologie existentielle

Phénoménologie : principes de base et méthode (les réductions

Stades du développement moral

 

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le stade impulsif-hédoniste de la maturité.

le stade souverain-utilitariste de la maturité. 

le stade fusionnel-loyal de la maturité.

le stade institutionnel-légaliste de la maturité.

le stade interindividuel-humaniste de la maturité

le stade intègre-répondant de la maturité. 

Yoga, chacras, stades de développement moral et maturité.

 

Introduction :

 

Les stades de la maturité tels qu’ils ont été observé par PIAGET depuis 1939 et dans son sillon par KOHLBERG frappent par leur concordance avec certaines descriptions des Chacras en Yoga de la Kundalini.

Cela pourrait évidemment intéresser les sophrologues qui dans leur premier degré de la relaxation dynamique utilisent une forme réduite d’une série d’asanas tels qu’ils furent enseignés au Yogashram de Sri Aurobindo à Pondichéry. D’autre part, la vue d’ensemble du vécu corporel, des tensions du corps, des difficultés dans le développement de sa maturité et le milieu comme source de possibilités de développement (GIBSON) ouvre la voie à un approfondissement d’une analyse existentielle dans laquelle une sophrologie réellement phénoménologique trouve sa place.

 

Tout le monde essaie d’être lucide, de réfléchir sainement, d’acquérir une certaine sagesse. Les gens sont désorientés, sans repères sûrs, il n’y a plus de « guidance », plus de prêtres ou de professeurs à qui l’on souhaite s’adresser. En quête d’un statut social la psychologie a certes réussi, pour quelque temps, prendre la place perdue par les religions chez les personnes en recherche de « certitudes », fûssent-elles illusoires, mais on ne peut continuer indéfiniment à infantiliser les adultes en prétendant qu’ils ont tous besoin de psychothérapie.

 

La religion, la psychologie, le nouvel-age, ... , ne peuvent remplacer la réflexion où, somme toutes, il faudra bien revenir si l’on veut vraiment prendre sa propre vie en main.

L’analyse existentielle propose de prendre le temps d’environs une heure par semaine pour réfléchir sur votre vie et ce qui vous y arrive et de ce que vous en faites,  sur ce que sont ou étaient vos désirs et  ce que vous en faites.  Cela ne vous empêche, bien évidemment, pas de suivre des stages psy  ou corporels ou d’expérimenter quoi que ce soit. Ce que l’analyse existentielle propose est une réflexion sur vous-même par vous-même. Parce que vous êtes la ou le seul(e) responsable de votre bonheur.

 

Cette réflexion vous fera découvrir comment avoir plus d’influence sur votre vie et sur ce qui vous y arrive.

Ce développement de la maturité a été étudié depuis PIAGET par des biologistes, des psychologues, des sociologues et des phénoménologues (comme par exemple Maurice MERLEAU-PONTY).  Cet article vous offre un bon condensé de ces recherches.

Bien que le lien direct avec le développement de l’intelligence aille de soi, le développement de la maturité est plutôt un développement de la raison : il s’agit  surtout du développement de notre faculté de résoudre des conflits dans lesquels nous sommes partie prenante.

 

Dans cet article nous vous présentons, en résumé, les résultats de ces recherches (surtout anglo-saxonnes et germaniques).  Vous y trouverez une description  de l’essentiel des stades de ce développement.  Ce développement se fait grâce à notre implication dans des problèmes qui nous touchent et la réflexion toute naturelle qui en suit. Ces problèmes nous affectent parce qu’il s’agit de conflits avec des êtres qui nous sont chers, nos amours, nos partenaires ou amis, nos frères et soeurs, nos parents, nos patrons ou collègues ou l’autorité. Ces conflits nous préoccupent aussi parce qu’ils ont des liens directs avec notre bonheur, ils ont trait à l’amour, la sexualité, la tendresse, le corps, la santé, l’âge, la mort, le travail ou son absence, notre revenu, la qualité de notre vie. Ces relations et ces problèmes touchent à l’essentiel de notre vie, ils sont  existentiels.

 

Si nous parlons de stades dans le développement de notre capacité à résoudre ces problèmes existentiels c’est parce qu’il y a des sauts qualitatifs qui distinguent chaque stade du stade précédent. Cela veut dire que nous changeons  d’un stade à l’autre et que ce changement se perçoit : ce sur quoi nous nous orientons pour résoudre aux mieux nos problèmes et (ré)organiser notre vie change d’un stade à l’autre. Cependant chaque stade précédent est la condition nécessaire à notre développement vers d’autres repères pour résoudre les problèmes essentiels de notre vie. Notre façon précédente de résoudre nos problèmes est la base à partir de laquelle nous découvrirons des façons plus satisfaisantes de régler nos conflits. Condition, fondement, nécessaire mais non suffisante, ce qu’il faut en plus c’est notre insatisfaction avec notre façon insatisfaisante de traiter ces problèmes devant lesquels notre vie nous met.

 

Cependant, comme le souligne PIAGET, ce développement ne nécessite aucun effort volontaire. Ce développement est inné : l’intelligence, la raison, c’est la vie même qui cherche l’équilibration. Ce développement est inextricable de notre affectivité. Notre intelligence se développe à travers des problèmes qui nous touchent et qui, parce qu’il nous touchent, ébranlent notre équilibre.  Cet équilibre n’est rien d’autre que le stade de notre maturité. Les problèmes qui nous préoccupent nous mènent tout naturellement vers le stade suivant.

Ces problèmes sont donc les occasions  de notre développement. Trouver l’occasion de se développer est déterminant pour notre développement. La vie n’arrête pas de livrer ce genre de problèmes. Il faut bien évidemment des temps durant lesquels ces problèmes puissent nous préoccuper le temps qu’il nous faut pour nous développer. C’est à cette décantation que sert la séance d’analyse existentielle.

 

Nous parlons de développement parce que, comme vous le lirez, à chaque stade suivant nous percevons des aspects, des composantes et des raisons du conflit ou du problème qu’au stade antérieur nous ne soupçonnions même pas.

En gros la recherche en arrive à distinguer trois niveaux de chaque fois deux stades. Le stade d’affectivité impulsive et d’éthique hédoniste forme avec le stade d’affectivité souveraine et d’éthique utilitariste la période pré-conventionnelle de notre façon de résoudre nos problèmes et conflits. S’enracinant dans notre expérience vécue de cette période pré-conventionnelle le stade d’affectivité fusionnelle et d’éthique loyaliste forme avec le stade d’affectivité institutionnelle et d’éthique légaliste la période de notre vie où notre recherche de solutions est conventionnelle.  Le stade d’affectivité interindividuelle et d’éthique humaniste a de commun avec le stade d’affectivité intègre et d’éthique de réponse que, partant de notre expérience vécue des conventions sociales impliquées dans nos problèmes et conflits, nous développons nos capacités de trouver des solutions qui  cherchent à remédier aux manques des solutions conventionnelles.

 

 

1.    le stade impulsif-hédoniste.

 

A ce stade nos réactions à nos problèmes sont impulsives et émotionnelles. Nous recherchons « spontanément » le plaisir. Ce sur quoi nous réfléchissons à ce stade, ce sont nos sensations corporelles, nos mouvements et réflexes, nos besoins corporels (oraux, annaux, sexuels, eutoniques). C’est eux que nous essayons de civiliser dans la perspective hédoniste de réaliser le plaisir et d’éviter la désagréable frustration de nos désirs.

FREUD a beaucoup écrit sur ce stade. Il propose entre autre de distinguer les plaisirs recherchés selon que  leur origine serait tactile, orale, anale, génitale pré-pubertaire ou  génitale post-pubertaire. Sa psychanalyse relève surtout les problèmes qui surgissent chez l’adolescent et l’adulte restés hédoniste. Problèmes qui trouvent leur origine dans la sexualisation du désir affectif par la puberté.

 

Au stade impulsif-hédoniste nous croyons volontiers que l’origine de nos conflits avec l’autre se trouve dans des différences liées au sexe,  dans des différences liées aux plaisirs qui nous attirent, parce qu’il ou elle est jaloux de notre plaisir ou ne nous permet pas ou pas assez d’avoir plaisir ou d’avoir accès à ce qui nous fait plaisir. (Cette compréhension de l’origine est seulement probable quand l’autre qu’on croit comprendre est aussi de ce stade. Dans les autres cas cette compréhension n’est pas une compréhension mais une réduction qui pourrait être un des éléments à l’origine du conflit ou des problèmes).

Envers l’autorité nous faisons ce que les freudiens appellent des « transferts », nous la vivons comme une mère ou un père agréable ou désagréable selon qu’elle est  permissive ou répressive, nous vivons ses interventions comme caresse ou comme réprimande. 

Nous sommes impulsifs dans notre recherche du plaisir physique (nous sommes épris par le désir), c’est nos émotions (plaisirs, colères, peurs, angoisses, tristesses) qui nous motivent. Nous recherchons le plaisir ou , faute de mieux, nous cherchons à éviter la frustration.

En ce qui concerne la différence des sexes, c’est aussi  au stade impulsif-hédoniste que, guidés par le plaisir, nous découvrons que la relation au parent de l’autre sexe est plus érotique, plus excitante proche de la limite entre le plaisir stimulé et le défendu réprimandé.

Au stade impulsif-hédoniste, être heureux et aimé c’est pouvoir jouir spontanément à notre façon confirmé dans notre vécu de nous-mêmes par le plaisir que cela procure à notre partenaire. Le malheur et  frustration sont synonymes et notre angoisse c’est d’être réprimandé. Ce qui nous motive c’est réaliser le plaisir, éviter le déplaisir (la peur, la tristesse, la colère).

Notre compréhension de l’autre se fait par projection : nous supposons que l’autre est, comme nous, motivé par le plaisir et que ses plaisirs sont similaires aux  nôtres.  L’autorité est vécue comme source probable de frustration. Elle nous fait peur et nous chercherons à la séduire (au plaisir) à lui plaire pour qu’elle nous caresse et soit permissive, à nous cacher d’elle ou à l’éviter.

 

 

2.    le stade souverain-utilitariste.

 

 Au stade d’affectivité souveraine et d’éthique utilitariste nous coïncidons avec notre apprentissage des règles primaires de la socialité, la réciprocité, la compétition et le compromis. Nous nous lançons dans l’apprentissage de ses règles par simple opportunisme, par désir d’être gagnant. La réalisation de « soi » coïncide ici avec la réalisation de nos intérêts propres.

Par rapport au stade impulsif et hédoniste précédent c’est un stade autonome où nous nous perfectionnons dans le contrôle (=la civilisation) de ces émotions et pulsions.  Nos émotions, nos impulsion notre façon hédoniste de « résoudre » nos conflits et problèmes sont devenus l’objet de notre prise de conscience et de notre réflexion.

Cette civilisation de nos impulsions, de nos émotions et la prise de conscience du lien entre notre recherche du plaisir et les problèmes et conflits que nous rencontrons dans notre vie a comme résultat l’expérience du pouvoir, du contrôle de soi, de la situation, voire des autres.  Ce pouvoir est fondé, il repose sur notre Au stade souverain-utilitariste notre rapport à l’autorité est bien différent qu’au stade précédent. Maintenant l’autorité est devenue pour nous  une  source d’information et d’enseignement utile. Il est opportun d’être bien avec l’autorité et les règles nous renseignent sur ce qu’il faut faire pour être bien avec elle. L’autorité peut nous  renseigner comment réaliser de la façon la plus simple (c’est à dire la moins fatiguante) compétence et collaboration. Plus quelqu’un possède de la compétence qui nous est utile à réaliser nos intérêts et plus il nous aide, plus il aura, pour nous, de l’autorité.

Au stade souverain-utilitariste nous prenons conscience des us et coutumes, de ce qui est de notre intérêt. Nous devenons conscient des opportunités de réalisation de ces intérêts, de sécurité et de pouvoir qu’offrent les habitudes comportementales en vigueur dans notre milieu. Nous nous impliquons avec application dans l’exercice des coutumes et des rôles qui gouvernent nos différentes situations interactionnelles  (jeux, école, travail, chez nous, vie de village, relations, amitiés, amours, loisirs, ... ) dans le but de réaliser nos intérêts propres,  « d’être gagnant ».

Ce qui nous motive au stade souverain-utilitariste c’est la réussite et l’acquisition de compétences manuelles, sociales, techniques ou intellectuelles nécessaires et utiles à cette réalisation de nos intérêts. Notre angoisse c’est de rester inférieur (par exemple : sans ami ou partenaire, sans enfants, sans diplôme, sans travail, ...) incapable de négocier, réaliser et protéger nos intérêts selon les normes, us et coutumes en vigueur dans notre milieu.

 

 

3.    le stade fusionnel-loyal.

 

Au stade fusionnel-loyal nous nous identifions volontiers au groupe(s) auxquels nous appartenons. Notre identité se fond dans  le style de collaboration, la convivialité, l’amitié, l’amour qui fait de notre groupe ou couple un « nous ». Normalement le stade fusionnel-loyal du développement de la maturité coïncide avec la puberté. C’est ce qui donne cette couleur érotique à l’ambiance recherchée. A ce stade nous recherchons ces ambiances et leur style pour nous y « immerger » parce que c’est dans cette ambiance que nous nous sentons vivre et être nous même. Ces ambiances, pour ainsi dire, se cristallisent en nous et deviennent nos sentiments.

 

Par rapport au stade souverain nous redevenons plus social. Notre réflexion critique sur nous même se porte sur la façon dont nos intérêts  - et les compétences intellectuelles, manuelles, pratiques ou sociales par lesquelles nous élaborons notre réussite -  nous introduisent dans des groupes où l’exercice de ces savoir-vivre  de compétition, de collaboration, de réciprocité sont source de convivialité, d’amitié et d’amour. Notre recherche consciente vise par delà des expériences de coopération dans le but de réaliser notre intérêt, l’ambiance nourrissante de ces groupes. L’exercice de la loyauté absolue envers l’autre membre du couple,  les membres de sa famille, du groupe, du parti, du club, de la bande, du voisinage, de la communauté, de la secte, ... (selon où nous trouvons notre « âme ») approfondit cette expérience de fusion.

Au stade fusionnel-loyal ce qui nous est important c’est cette expérience communautaire d’appartenance, d’accord avec les autres, le « nous ».  Nous nous orientons sur l’amour, l’affection, l’appartenance, la fraternité. Ce qui compte c’est la relation, la immersion dans le groupe, le couple (d’un point de vue sociologique le couple est un groupe).

 

Notre angoisse existentielle à ce stade c’est de rester l’esclave d’intérêts propres et, dès lors, de ne pas pouvoir fusionner  par la loyauté. Normalement le stade fusionnel-loyal du développement de la maturité coïncide avec la puberté. C’est ce qui donne cette couleur érotique à l’ambiance recherchée. Cependant il faut se détromper : la puberté n’implique pas que l’on soit (déjà) au stade fusionnel-loyal. Au contraire, bon nombre de gens (20% ?) restent au stade émotionnel-hédoniste leur vie durante. Chez eux c’est la recherche du plaisir charnel et l’évitement de sa frustration qui se teinteront de façon déroutante de sexe. Déroutante parce que contraire à ce qui est de leur intérêt à l’âge de la puberté et  au-delà. Il en va de façon analogue avec ceux qui continuent à rechercher de manière souveraine et utilitariste la réalisation  de leurs propres intérêts : ils intègrent le sexe dans leurs stratégies de savoir-vivre, de réciprocité, de compétition et de collaboration dans une perspective restée  égocentrique et opportuniste.  Au stade fusionnel la sexualité symbolise l’appartenance et la fusion  et exprime la loyauté envers l’autre dont la différence est recherchée et appréciée.

Reconnaître si quelqu’un se comporte selon le mode fusionnel  ou hédoniste dans l’amour est donc aisé, il suffit de vérifier  l’acquisition des conduites utilitaristes dans ses schèmes d’action:

.son aisance dans la collaboration, la compétition et sa conscience du rôle fondamental de la réciprocité dans les relations humaines, sa réussite à réaliser ses intérêts propres,

. son expérience à distinguer les personnes aux compétences complémentaires, personnes conscientes  comme lui  de l’importance de la collaboration, de la compétition et de la réciprocité et

. sa compétence à s’associer à de telles personnes.

C’est grâce à l’opportunisme du stade souverain-utilitariste précédent,  que ces habitudes ont été apprises. Habitudes qui ont rendu possible de faire des expériences de réussite par collaboration, de bien-être et de gratitude réciproque qui offrent les premières occasions de l’expérience du « nous ». C’est ce « nous » là qui est reconnu et consciemment recherché au stade fusionnel-loyal . Au stade loyal on apprend à percevoir, à distinguer et à différencier les variations de ces ambiances qui caractérisent le comportement  social des individus.

 

« Faire » (sic) l’amour est, à ce stade, participer à un rituel (au sens sociologique du terme) qui rappelle et renforce cette loyauté, pas nécessairement exclusive.

Dans les stades précédent faire l’amour vise un autre but : le plaisir charnel ou une transaction utile où faire l’amour fait partie d’un échange plus vaste (la beauté et des compétences sexuelles, une fidélité utilitariste, ..., peuvent par exemple s’échanger contre une liaison avec un homme plus riche qui offre en échange un certain entretien matériel).

 

L’autorité, à ce stade, aura celui ou celle qui « incarne » le plus l’esprit (l’ambiance, le style de vie, les buts communs, ..., du groupe, de la communauté ou du groupe ou communauté auquel ou à laquelle on cherche à appartenir. A ce stade on se dévoue à cette autorité par la même loyauté qui nous fond dans le « nous » de notre groupe, notre couple ou notre amitié.

 

 

4.    le stade institutionnel-légaliste.

 

Tôt ou tard la fusion loyale dans notre couple, dans notre groupe ou dans la communauté à laquelle nous appartenons, butte sur des conflits de loyauté. Le guide de montagne père de famille doit il mettre sa vie en péril pour sauver des alpinistes inconscients rattrapés par les intempéries ? Doit on choisir entre sa meilleure amie et son mari ? En cas de conflit sur l’éducation de l’enfant de quel côté être loyal, du côté de la mère ou du côté de l’enfant ?

Au stade instituitionnel-légaliste notre identité coïncide avec la solution sociale que nous trouvons à ces problèmes de mise en ordre de nos diverses appartenances. Nous trouvons ces solutions dans notre principal groupe de référence, ce sont les solutions d’usage dans ce milieu, c’est pourquoi KOHLBERG attire l’attention sur le conformisme de ce stade. Mais il s’agit ici bien évidemment d’identification aux valeurs de ce milieux que nous considérons comme le nôtre.  Ce conformisme n’est donc que l’explicitation des choix de société implicites dans notre itinéraire social au cours des stades précédents. Cette socialisation a été plus ou moins consciente selon que nous réfléchissions aux implications de nos choix. La réorganisation institutionnelle de notre personnalité se fait donc selon la hiérarchie de valeurs de notre milieu. Notre personnalité est toujours une incarnation (par notre intelligence et notre affectivité) nouvelle, à la fois originale et acceptable, des us et coutumes de notre milieu. Les milieux sociaux que nous fréquentions par nos diverses appartenances proposent différentes solutions à ces conflits de loyauté. La solution que nous « trouvons » explicite à la fois les influences majeures et notre façon « personnelle » de les incarner, de les vivre. Elle anticipe aussi de nos choix de « carrière » (dans le sens sociologique de biographie future). A ce stade nous trouvons cette mise en ordre de notre vie affective et loyale comme un solution à nos problèmes ; nous coïncidons avec cette recherche d’une identité et d’un statut social respectés par ceux qui nous sont chers et/ou ceux dont l’opinion nous affecte le plus.

 

Notre réflexion critique sur nous même se porte sur l’importance de nos relations fusionnelles (amicales, amoureuses, idéologiques, religieuses), de nos loyautés (la vie communautaire) et comment y mettre de l’ordre.

Au stade institutionnel-légaliste nous nous orientons dans la société (la vie institutionnelle) complexe dans le but de réaliser une identité qui intègre nos diverses appartenances selon une hiérarchie. Ainsi par exemple notre femme aura préséance sur notre amie, notre famille sur notre carrière (ou l’inverse). En cas de conflits nous ferons appel à un raisonnement selon lequel l’ordre, les bonnes moeurs et la paix sociale sont plus importants que la liberté individuelle ou les particularités d’un groupe.

Préoccupé par le bon fonctionnement social notre action sera pour nous bonne ou mauvaise parce que commandée ou interdite par les codes moraux ou légaux en vigueur. A ce stade nous découvrons de plus en plus l’existence d’obligations morales, le devoir et leur son sens pour le bon fonctionnement de la société ou nous vivons. A ce stade notre conscience devient morale : nous ne sommes plus libre de faire n’importe quoi pour autant que cela nous procure du plaisir ( = impulsif-hédoniste ), nous ne sommes plus libre de faire tout ce qui nous est utile pour autant que formellement cela se fasse selon les us et coutumes  (= souverain-utilitariste) et nous ne pouvons plus couvrir nos pairs pour la seule raison qu’ils sont des pairs (= fusionnel-loyal). Nous sommes seulement libre de faire ce qui est juste, sinon notre conscience nous tourmentera. En cas de conflit complexe nous aurons des problèmes de conscience, préoccupé par la recherche de la bonne solution.. Pour la trouver nous consulterons des catéchismes, livres de morale ou autres codes civils ou pénaux , des experts (pasteurs, consultants, thérapeutes et autres avocats voire juges). A ce stade nous en sommes devenu conscient que notre comportement est aussi un comportement qui pourrait servir de précédent .

 

Avoir atteint ce stade consciencieux est donc l’idéal si l’on veut résoudre les problèmes existentiels auxquels se voit confronté le jeune adulte : commencer une carrière professionnelle et de fonder une famille.

Le plaisir à ce stade, est déjà loin de la satisfaction physique et émotionnelle que l’on imagine urgente. Il a dépassé la fierté du pouvoir qui se fonde sur les compétences de réalisation et de sauvegarde de ses intérêts propres en utilisant opportunément des possibilités qu’offrent les règles. Il a transcendé l’expérience sentimentale (dans le sens noble du terme) de la fusion loyale avec des pairs compétents et complémentaires. Ici le plaisir se trouve dans l’expérience même de la responsabilité, pour sa famille, son équipe, son département, ..., par exemple. Cette responsabilité inclut des satisfactions immédiates, de la fierté et de l’appartenance et intègre le savoir jouir, le sens des opportunités, la loyauté. Sans ces  compétences acquises durant les années de passage des stades précédents la responsabilité ne serait que frustration, devoir ingrat ou nécessité économique.

Nos angoisses existentielles à ce stade concernent  une éventuelle impossibilité de gérer de façon responsable nos diverses appartenances,  loyautés et devoirs.

 

Ce stade est un stade plus égo-centré que le précédent : par la responsabilité que nous réalisons en mettant un ordre dans nos appartenances  nous introduisons dans notre vie sociale des préférences. Ces préférences ne sont autres que des différences dans l’importance que nous accordons à nos différentes appartenances. Cette façon de nous situer dans le monde socio-économique a des conséquences directes pour notre prestige social et notre autorité et last but not least sur notre revenu. Cette hiérarchisation n’est possible qu’après des années d’immersion  (normalement depuis la puberté jusqu'à l’âge de fonder une famille) dans différentes ambiances de collaboration . C’est sur cette expérience du stade précédent que se construit notre personnalité adulte : maintenant nous évaluons la valeur qu’ont les différentes ambiances auxquels nous appartenons dans la perspective de fonder une famille et une carrière professionnelle.

 

Aimer aussi sera devenu à ce stade une responsabilité pour l’organisation de la vie affective et économique de la famille, qui à ce stade a trouvé sa préséance sur le couple. Comme on le voit, la loyauté n’est possible qu’au sein d’un couple fusionnel. La naissance d’enfants et les problèmes que cela apporte ébranle l’équilibre fusionnel et est généralement à l’origine d’un dépassement du stade fusionnel-loyal vers le stade institutionnel-légaliste.  Cet exemple montre par ailleurs que les temps de transition d’un stade vers le suivant sont des périodes de crises existentielles.

 

 

5.    le stade interindividuel-humaniste

 

A ce stade nous quittons les chemins battus par la société. C’est pourquoi JUNG appelle cette transcendance de la socialisation, l’individuation. Cette individuation, recherche de la lumière ou de l’éveil, s’enracine dans l’expérience vécue d’une participation engagée dans l’aspect institutionnel de la vie qui a intégré et transcendé  l’aspect communautaire. Nous réfléchissons sur le bien-fondé de nos participations professionnelles et personnelles aux institutions. Par exemple sur  notre appartenance à l’église, a notre engagement comme manager d’un groupe qui s’avère exploiter des humains. Notre réflexion critique évalue si l’institution que nous représentons réalise bien par son action concrète les valeurs qu’elle dit réaliser. Notre participation à l’institution du mariage, par exemple, nous permet  elle réellement de réaliser l’égalité de sexes en tant que parents ?  En tant que catholique est ce que nous participons vraiment à l’oecuménisme ? 

Nous réfléchissons au fait de savoir si nous réalisons vraiment (de par nos participations) ce que nous croyions réaliser comme valeur.

La plupart des gens abandonneront très vite ces questions dérangeantes pour rester dans la sécurité (sociale et affective) du mode de vie institutionnel-légaliste. D’autres développeront ce que le philosophe allemand SLOTERDIJK appelle le cynisme moderne : ils constaterons volontiers l’inauthenticité de leur conduite intitutionnel-légaliste dans les institutions qu’ils perpétuent  (la famille, la justice, le parti politique, l’administration, le multinational, l’église, la médecine, la communauté scientifique, l’université, la société thérapeutique, etc. ...) mais ils se diront  «si je ne continue pas à y participer, d’autres le feront et moins bien que moi ».

 

A ce stade nous ne coïncidons plus avec nos responsabilités, nous avons des responsabilités. Nous ne sommes plus le produit des institutions auxquelles nous participons, nous réalisons que l’institution, sa permanence et sa qualité, son action est le produit de, entre autres,  nos actions. Nous réfléchissons au poids de notre influence à améliorer ces institutions.  A ce stade la psychologie ne peut plus qu’accompagner le vécu de ce questionnement. Pour pouvoir évaluer  nos possibilités d’influencer et de changer l’institution il  nous faudra bien avoir recours à la science du comportement qui s’occupe de ces questions là (la sociologie).

A ce stade nous coïncidons avec notre recherche d’une responsabilité authentique dont nous mesurons la solitude existentielle. Cette solitude existentielle c’est que nous réalisons qu’il n’y a plus de repère social, d’institution, ni personne qui peut prendre nos décisions à notre place. L’ angoisse existentielle  qui est le vécu premier de cette solitude, est la réalisation affective que finalement on est seul devant et dans la vie. C’est à partir de cette prise de conscience  que se développe  une intimité interindividuelle qui reconnaît l’autre dans sa solitude similaire.

 

Après le réconfort normatif d’appartenir à un groupe qui dictait notre loyauté, après la certitude sociale que nous procurait la morale conventionnelle, nous nous appuyons désormais sur des discernements auxquels nous procédons nous-mêmes. Ces discernements sont devenus possibles par notre prise de conscience des valeurs qui font le sens de notre vie.

Ce sens s’avère  «caché » dans ce qui nous touche, dans ce qui nous était important comme réalisation de soi, dans les paysages, activités, personnes et les groupes où nous retrouvions notre « âme », dans ces aspects de notre responsabilité socioprofessionnelle qui nous tiennent particulièrement à cœur et dans ce que vers quoi tout cela « tend » :  les valeurs qui vraisemblablement  nous sont essentielles, qui nous font « vivre ». Ce que la phénoménologie existentielle désigne comme notre « intentionnalité ».

Dès lors à ce stade nous n’obéissons plus qu’aux règles que nous nous donnons nous mêmes, dès règles déduites de ces valeurs qui  nous font vivre (qui nous procurent à la fois plaisir physique, réalisation de soi, appartenance, responsabilité et individuation). Contrairement au stade précédent  les conduites ne sont plus bonnes ou mauvaises parce que permis ou interdits par la loi ou une morale plus ou moins institutionnalisée mais parce qu’elles  réalisent les valeurs  humanisantes  que ces lois et règles morales cherchent à réaliser. Nous estimons devoir accomplir ce qui favorise la qualité humaine en nous et son développement (dans l’éducation par exemple) ou son épanouissement (dans nos relations) chez l’autre.

Il est aisé de distinguer cette préoccupation de la conduite opportuniste du stade souverain-utilitariste.  La personne au stade interindividuel-humaniste a prouvé par son histoire la solidité de sa loyauté, de sa parole donnée. Elle est capable de trouver des solutions qui intègrent au mieux les intérêts de toutes les parties concernées. Trouver et réaliser de telles solutions est pour elle son devoir. C’est grâce à l’exercice de cette responsabilité  - et la connaissance expérimentée des normes et des lois que cela implique -  que la personne au stade  institutionnel-légaliste butte sur les limites de cette conduite et s’ouvre l’expérience immédiate des valeurs humaines que ces morales et lois cherchent à institutionnaliser.

 C’est une meilleure solution qu’elle cherche créativemment à déduire en s’appuyant directement sur ces valeurs (de justice et d’égalité par exemple).

 

 

 6.    le stade intègre-répondant. 

 

Il s’agit d’un stade « théorique » de développement au-delà de l’intimité interpersonnelle et une éthique humaniste. Ce stade dernier peut être compris à travers  les récits de « saints »  (le Christ, le Bouddha, Lao Tze, Confucius,  Hildegard von Bingen, ..., plus prêt de nous Martin Luther King,, Gandhi ou Mère Théresa) comme le développement d’une sagesse à partir de problèmes rencontrés par le côté plutôt rationnel du stade précèdent.     

  

 

7.  Yoga, chacras et stades de développement.

 

Ceux qui pratiquent ou connaissent le Yoga et ses descriptions des chacras comme étapes d’une ascension spirituelle auront été frappé de reconnaître dans les stades de développement de l’ego tel que les décrit la recherche empirique dans la perspective de PIAGET et de KOHLBERG  ces descriptions anciennes que l’hindouisme et le bouddhisme donnent des chacras. Il suffit d’y ajouter le stade 0, le stade sensori-moteur de PIAGET, stade où il n’y pas encore de sujet qui objective son environnement, pour voir la concordance :

Les chacras sont des zones du corps où certains aspects des, personnes, scènes de la vie, conduites, événements, ..., que nous rencontrons résonnent (se ressentent) par prédilection. La monté de la kundalini, l’ouverture progressive de ces chacras, permet une perception immédiate qui, sans devoir passer par la réflexion, comprend les différents aspects de la situation.

Le premier chacra mouladhara chacra est la racine corporelle de la coordination sensori-motrice que le yoga situe (plutôt symboliquement) à la base de la colonne vertébrale. Ce chacra correspond à l’expérience non réfléchie de la coordination des sens et du mouvement, le plaisir du mouvement vital qu’expérimente le bébé quand il met en place (par l’exploration libre !) ses coordinations entre ses perceptions et ses mouvements.

Plus tard, une fois acquis cette coordination sensori-motrice, l’enfant commence à s’orienter dans son monde en cherchant le plaisir et en évitant le déplaisir. Avant la puberté cette recherche du plaisir n’a pas encore la qualité sexuelle post-pubertaire. Néanmoins une éducation qui réprime l’exploration des organes sexuels, de l’anus et (intérieurement) le ressentir du mouvement péristaltique tend à tenir fermé ce chacra (svadisthana-chacra), et à ne plus ressentir librement dans et par cette région du corps.

Plus tard, en gros à l’école, l’enfant apprend à réaliser ce qu’il veut selon les us et coutumes en vogue dans son milieu. Le yoga situe cette expérience vécue du pouvoir au lieu-dit manipoura-chacra (comme les anciens Grecs d’ailleurs). Cependant les arts martiaux situent cette expérience quelque peu sous le nombril au « Hara ». Une éducation qui réprime ce désir de devenir grand comme les adultes, tend à tenir fermé ce chacra, à ne pas ressentir librement dans le ventre.

Plus tard par la puberté vient à l’avant plan la recherche de la fusion . Le yoga situe cette expérience vécue dans la poitrine (cœur, respiration, seins) au lieu-dit du « sacré-cœur » anahata-chacra. Une éducation  qui réprime cette expérience de la fusion tend à tenir fermer la sensibilité libre de la poitrine.

Plus tard, devant les besoins d’organiser la vie à la fois affective et matérielle d’une famille se développe le sens de l’organisation. Le yoga situe l’expérience vécue de cette faculté dans la gorge (et dans le parler), vishouda-chacra. La réaction négative du partenaire ou des ami(e)s à ce développement tend à garder fermé ce chacra et à ne pas ressentir librement dans (et par) la gorge.

Plus tard l’expérience vécue de la complexité de l’organisation de la vie de famille, et au-delà de la vie en société, déclenche chez des intelligences quelque peu déliés une réelle crise éthique existentielle. Par la constatation que si les systèmes de pensée, de valeurs et d’interaction sont construit par des sujets pensants, valorisants et interagissants, cela signifie qu’ils découlent tous de désirs humains fondamentaux. Cela mène à une empathie avec cette recherche fondamentale des humains au-delà de leur différences. Le yoga situe cette intuition au niveau des yeux (du « voir ») ajna-chacra. Une idéologie ambiante quelconque (politique, psychologique, religieuse, spirituelle ou philosophique) tend à fermer ce chacra et à ne pas permettre de ressentir dans et par les yeux, de Voir.

Dès lors se développe une compassion pour la vie et pour « tout les êtres » qui souffrent de par les réalités inévitables de la vie (la maladie, la mort). Le yoga situe cette expérience d’éveil qui « comprend » dans le cerveau au lieu-dit sahasrara-chacra.


Cette concordance entre les observations déjà anciennes du yoga permettent des suggestions quand à l’insertion d’approches corporelles dans le but de (re)sensibiliser notre corps. Plus particulièrement, pour réintégrer de façon vécue l’importance fondamentale de la recherche du plaisir et de l’évitement du déplaisir. Cela suggère plutôt de s’inspirer du Tantra-yoga et de Wilhelm REICH. Cependant, comme l’origine des ces tensions corporelles est éminemment sociale, l’ouverture progressive des chacras à la vie réelle, dépendra toujours de l’acquisition d’une autonomie (= liberté) qui peut seulement s’acquérir par l’expérience de la confrontation aux problèmes existentiels que pose la vie et leur solution adéquate. Cela passe nécessairement par une compréhension phénoménologique du rôle de la parole dans la perception.

Il est évident que le développement de la raison développe nos aptitudes de résoudre les problèmes avec nos proches dans lesquels nous sommes partie prenante. Pour autant que ce soit dans ce sens concret que l’on comprend le sens étymologique du mot « religion » qui nous vient du latin « reliare » (relier), résoudre ces problèmes de façon à réaliser les intérêts de toutes les parties (les faibles inclus) est , bien sur, une démarche qui resserre les liens entre les gens. L’auteur qui développe cet aspect est James FOWLER.

 

 

 

Conclusion.

 

 

Vous aurez peut-être remarqué que le mode de développement de cette maturité n’est donc pas l’apprentissage !. Ce développement se fait par la confrontation à des problèmes qui nous touchent, problèmes qui font partie de l’essence d’une vie et que pour cette raison on appelle existentiels : l’expérience fondamentale de notre corps, l’entente avec ceux qui nous sont chers, la collaboration, la réalisation de soi, la loyauté, fonder une famille, l’éducation de ses enfants,  réussir ses études et une carrière professionnelle, la maladie, le handicap, la mort, le désir, la sexualité, le sens de sa vie, etc...

Ces problèmes concrets et personnels ébranlent notre équilibre. Notre équilibre hédoniste, utilitariste, loyal, institutionnel, interpersonnel  est surtout ébranlé par des tâches que la vie sociale nous demande de réaliser  mais qu’il nous est difficile de réaliser tant que nous n’avons pas atteint un stade adéquat à la solution des problèmes que posent ces tâches. Ces tâches existentielles sont plus ou moins liés à l’âge : savoir rechercher le plaisir et éviter le déplaisir, savoir collaborer viennent avant la nécessité de savoir entretenir des relations durables, puis de pouvoir y intégrer la sexualité sans que cela met en danger l’amitié et l’amour, puis fonder et organiser tant affectivement que matériellement une famille, inclure la mort comme horizon, ... .

Ainsi la réalisation de soi, qu’on attend de nous dès l’école, nécessite les conduites qui font le stade utilitariste. Rester au stade hédoniste est  néfaste à la réussite scolaire et à l’approfondissement de nos capacités de collaboration que la réussite scolaire implique. On ne parviendra pas à réussir une relation durable à l’autre sexe tant qu’on n’a pas l’habitude de la loyauté. Qui trouve ses racines dans l’habitude du contrôle utilitariste de ses désirs et, au-delà, dans l’habitude de collaborations satisfaisantes qui créent l’ambiance d’un « nous » . Cette expérience est nécessaire à reconnaître la fiabilité de l’autre, ses compétences et ses complémentarités.

La réussite d’une carrière professionnelle se fonde non seulement sur la réussite dans les études et la collaboration utilitariste que cela implique mais aussi sur l’appartenance à des réseaux  dont la qualité majeure est la loyauté des membres envers leurs pairs. Etc....

Ce développement, grâce au fait que nous buttons sur les limites (du stade) de notre maturité, se fait parce que confronté à notre impossibilité de résoudre ces problèmes  de façon satisfaisantes nous prenons conscience de l’inadéquation de notre mode de vie. C’est cette insatisfaction qui stimule notre créativité qui trouve comment s’accommoder de ces problèmes. Cette accommodation est évidemment à comprendre dans le sens que PIAGET donne à ce terme : l’adaptation de nos habitudes au niveau de complexité du nouveau genre de problèmes, parce que ce qui fait l’essence même de la différence de ces problèmes n’est pas assimilable par notre mode de penser et de vivre. L’origine de notre changement  est donc que les habitudes avec lesquelles jusqu’alors nous coïncidions deviennent objet de notre réflexion. Ce processus est des plus naturels.

 

Vous aurez aussi remarqué que les problèmes existentiels qui ébranlent ces équilibres provisoires sont liés chaque fois à l’élargissement de notre milieux. Les mode émotionnel est adéquat dans la triade mère-père-enfant, il ne l’est plus à l’école. Le mode utilitariste est des plus utiles pour la réalisation de ces intérêts propres et l’acquisition d’un certain pouvoir que cela implique, il devient  insuffisant a entretenir les relations durables d’amitié et d’amour. Le mode loyal nécessaire à l’amitié, l’amour et la solidarité devient insuffisant dès que le couple s’institutionnalise et que la famille s’élargit par la naissance d’enfants et que la réussite professionnelle demande des capacités d’organisation complexe des relations humaines et une expérience de la vie en société.

Le mode institutionnel-légaliste buttera tôt ou tard sur son insuffisance à réaliser les valeurs qu’il prétend institutionnaliser

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

E.H. ERIKSON, Identity youth and Crisis, New York 1968

R. KEGAN,  The evolving Self,, problem and process in human development, Harvard, 1982

J. PIAGET, L’équilibration des structures cognitives, problème central du développement, Paris, 1976

H. SCHMITZ, Leib und Gefühl, Materialien zu einer philosophischen Therapeutik,  Paderborn, 1992

A. VERGOTE et J.W. FOWLER, Toward moral and religous maturity, Moristown, N.J. 1980

 

 

l’auteur :

Richard van Egdom, 5, rue de Fribourg B-6500 Beaumont

Tél. 060/ 514.498

e-mail : richard.van.egdom@skynet.be 

 



 

Qu’est ce la phénoménologie  ?

Par Richard van Egdom (*)

 

 

Voici une petite esquisse de la phénoménologie pour non philosophes. Vous y trouverez en langage plus compréhensible ce de quoi il s’agit et à quoi ça vous pourrait être utile. Il s’agit d’un résumé de l’introduction pour médecins, kinés, ostéopathes et autres psychologues donné à l’IUFP de l’université de Lille II

 

  1. principes de base :

 

La Phénoménologie repose sur quelques principes de base qu’il est utile de garder en mémoire :

 

1. Les phénoménologues utilises comme critère de connaissance l’”évidence”:

la conscience des choses tel qu’elles se révèlent de la façon la plus claire et différentielle possible par une approche adaptée aux choses de son genre.

Ces pourquoi nous nous opposons à l’acceptation de ce qui n’est pas observable et à son corollaire la construction de Grandes Théories explicatives invérifiables tel par.ex. la psychanalyse, l’économie du marché, le socialisme.

Nous pensons que l’existence de toute chose matérielle ou immatérielle, naturelle ou culturelle ou personnelle peut être rendue évidente.

 

2. Nous pensons que l’essence de la recherche (à comprendre) est son approche. L’essence de ces approches est qu’elles sont des  façons de rencontrer :

Nous ne connaissons les sujets de notre recherche que comme nous les avons rencontrées.

Ces pourquoi les Phénoménologues s’opposent à la présentation de l’objectivisme mathématique  comme description  de la « réalité ».

 

3. La conscience de notre mode de rencontre, de ce qu’il nous montre et de ses limites repose sur notre capacité de décrire notre connaissance, nos évaluations et nos actions.

 

  

  1. pratiques fondamentales en méthode phénoménologique : les « réductions ».

 

En français on pourrait mal comprendre le terme. Il ne s’agit pas de réduire mais de nous reconduire vers l’essence de ce(ux) que nous rencontrons. Il s’agit donc de changer d’attitude, de quitter l’attitude qui nous coupe de l’autre (dualisme) pour retrouver une façon d’être en contact conscient = de rencontrer.

 

 

1.     1. Préliminaire = s’étonner (= retour heuristique),

 

Il s’agit ici d’un préliminaire, c’est à dire d’une compétence sans laquelle toute démarche phénoménologique reste impossible.

Ce n’est que dans la mesure que nous sommes capables de mettre entre parenthèses de ce que nous croyons déjà savoir  - nos partis pris, nos a priori etc.  – que nous pourrons voir (+ autres sens) d’un œil neuf au-delà de ces croyances, au-delà de ces savoirs, au-delà de ces partis pris, au-delà de ces a priori etc. qui régissent nos perceptions.

 

Il s’agit entre autres de regarder au-dessus des limites que nous posent nos « savoirs » concernant les hommes, les femmes, les enfants, les jeunes, les vieux, les musulmans, les chrétiens, les flamands, les rats, les politiciens, la justice etc. ne nous invite pas à une naïveté quelconque mais nous permet justement de percevoir ce que des personnes, groupes, institutions etc. font .

Dès que vous mettez entre parenthèses ce que vous croyez déjà savoir, s’étonner redevient possible et fait surgir des interpellations de la réalité, interpellations qui s’adressent à vous, interpellations que, de fait, vous vous adresser via votre étonnement.

 

 

2.      2. S’ouvrir = retour herméneutique,

 

Ici on renter dans la de rencontre concrète.

Par exemple : (choisissez un exemple concret de situation plus ou moins conflictuelle dans votre couple, avec vos enfants, parents etc.). 

 

Il s’agit de d’abord prendre un peu de temps pour vous rendre compte de vos préjugés, cadres de référence, motivations au sens large :

Personnelles : vos émotions, sentiments, préférences, tendances, attentes, valeurs etc.

Sociales : en tant qu’homme ou femme, père ou mère, fils ou fille, appartenant à différents  groupes qui apprécieront ou non ce que vous aller penser, dire, faire, omettre,

Culturelles : mode de penser, idéologies etc.

 

Ce temps consacré à la prise de conscience, au retour à ce qui influence et pourrait déterminer votre regard, attitude, action et les vécus qui les accompagnent, …. Vous permettra petit à petit de vous libérer de ces déterminations et à découvrir ce qui se montre que vos a priori.

Comme on devient forgeront en forgeant vous vous créerez ainsi de problème en problème une attitude plus ouverte.

 

Ce retour s’apparente fort à la distinction que faisait Piaget pour décrire l’essence de l’intelligence : la conscience de notre approche nous permet de nous rendre compte de ce qu’elle ne peut assimiler.

 

 

  1. Rester concret = retour phénoménologique,

 

Il s’agit de la prise de conscience que ce que nous croyons percevoir n’est que phénomène, c’est à dire produit par notre intentionnalité.

 

Sartre faisait ici la distinction entre le monde en soi et le monde pour moi (pour nous). De Waelhens insistait sur la confusion entre la réalité (l’objet matériel) et notre façon de la voir (l’objet formel). Il est impossible de connaître le monde en soi, la réalité. Ce que nous croyons être « la » réalité est toujours « notre » réalité.

 

Cette attitude concrète, réaliste, n’est possible que si nous acceptons notre solitude existentielle :

Notre langage nous permet la conscience mais de ce fait même nous sépare de l’autre.

Devant l’impossibilité de connaître vraiment l’autre nous pouvons cependant mieux connaître notre approche et que ce qu’elle nous permet de voir. Par-delà nous rendre compte de ce qu’elle ne nous permet pas de voir.

Ce que nous croyons « être » l’autre n’est ce que nous en faisons.

 

C’est ici que réside l’importance de la distinction entre ce qui est observable et ce qui ne l’est pas. Entre ce qui est évident et de ce qui est supposé, interpolé, ajouté, imaginé, « ressenti » etc.

Plus nous parvenons à décrire notre approche et ses conséquences (= ce qui nous arrive),  plus nous prenons conscience de comment nous créons ce que nous pensons être l’autre.

 

 

  1. Rechercher à comprendre l’essentiel = retour eidétique

 (de eidos, «All. « wesen »).

 

Nous ne vivons de situations concrète en situation concrète qui nous pose problème (problèmes scientifiques, économiques, sociaux, personnels, etc).

L’étymologie grecque de « problème » = ce qui est à notre avant plan.

 

L’ordre et le désordre que nous rencontrons dans les situations et au-delà dans notre vie se révèlent être des conséquences de notre approche, voire être implicite ou un aspect de notre approche. Pas de l’approche des autres : nous ne vivons pas dans leur monde.

 

Cet ordre/désordre dont nous sommes les créateurs de par notre réflexion ou irréflexion même se traduit dans un vécu d’intégrité ou de désintégration.

Devant l’impossibilité de découvrir le monde en soi, l’autre dans son essence en soi, nous avons la possibilité de mettre de l’ordre dans notre approche.

C’est ici que rentre en jeu la recherche d’invariants dans ce qui semble nous arriver.

Cette prise de conscience de ce qui semble être récurrent dans notre approche et dans les problèmes qu’elle nous crée nous met sur la piste de notre intentionnalité.

 

Trouver les invariants dans ce qui semble nous arriver met de l’ordre (notre ordre) dans notre intentionnalité, en quelque sorte la purifie :

Notre intentionnalité s’intègre de plus en plus, résout ses contradictions internes, se simplifie, devient moins compliqué, plus claire. Nous découvrons « notre » essence.

« notre » est mis entre guillemets parce qu’au cours de ce processus nous découvrons aussi que cette essence nous habite plus ou moins à notre insu.  Elle n’est pas le produit de notre seule volonté. Nous découvrons plutôt ce qui nous habite.

 

Les liens entre cet esprit qui habite notre action et ses conséquences nous devient plus clair. Nous rentrons ipso facto dans une réflexion éthique, une réflexion sur les conséquences de notre intentionnalité.

Notre vie ne s’arrêtant pas avant la mort, le contexte en perpétuel changement, ce processus ne finit jamais et nous ouvre ainsi sur l’infini.

 

 

  1. S’ouvrir à l’autre dans sa différence = retour ontologique.

 

(« Ontologique » fait référence au fondement de notre existence).

Au fur et à mesure que nous prenons conscience de notre intentionnalité et de ses conséquences nous nous rendons capable d’élargir notre expérience de l’autre au-delà des limites de notre intentionnalité. Nous pouvons en effet nous imaginer des intentionnalités qui nous semblent, pour quelque de nos raisons que ce soit, meilleures.

 

Les problèmes (personnels, sociaux, économiques, scientifiques, etc.) qui surgissent dans notre vie nous forcent, en quelque sorte, à élargir notre mode de penser de façon à ce qu’il puisse plus se rendre compte de l’autre en son altérité.

Nous pouvons découvrir comment l’autre se révèle être différent de ce que nous attendions.

 

Ce processus n’est pas tout à fait volontaire. Une fois mis en route au-delà des idées reçues qui nous donnaient l’illusion de nous protéger du vide ce processus de la conscience est par le désir de rencontre et de découverte de l’autre.

 

  

 

3. Quelques remarques

  

Comme on le voit, la méthode (l’origine grecque « methodos » = voie) phénoménologique est un processus cyclique continu qui cherche à s’approfondir.

Il ne s’arrête pas.

Il implique l’ouverture sur l’infini.

 

 

  1. sur l’origine de notre intentionnalité :

 

Les origines de notre intentionnalité se perdent dans notre histoire personnelle, dans les contextes culturels, économiques et sociaux que nous avons traversés, dans l’histoire de notre famille, de notre peuple, de notre pays, voire dans notre patrimoine génétique sans oublier la part du hasard.

Pour le phénoménologue rechercher l’origine de notre intentionnalité est une perte de temps.

De toute façon ce que nous croirons (re)trouver ne sera qu’une création de ….. notre intentionnalité.

Notre intentionnalité ne se trouve pas en nous dans quelque endroit psychique inobservable. Elle se trouve dans le langage que nous parlons certes mais elle est directement observable sous sa forme la plus concrète possible dans ce qui semble nous arriver.

Décrire ce qui semble nous arriver nous révèle notre intentionnalité. Nous ne faisons que décrire ce que notre intentionnalité crée.

 

 

2. sur l’aspect affectif de la phénoménologie :

 

On pourrait s’étonner de l’aridité de beaucoup de textes phénoménologiques.

Appliqué dans votre propre vie et carrière elle ne peut-être qu’une voie vers la rencontre plus immédiate d’autres qui surgissent dans votre vie, de résolution  problèmes qui ne vous lâchent pas.

La phénoménologie, par la confrontation à notre intentionnalité qu’elle propose nous permet de mettre notre ordre dans notre vie sans « devoir » nier, refouler, couper etc. avec ces autres qui, somme toute, ne font que nous.

Comme on le verra dans la partie « phénoménologie du corps » nous ne nous arrêtons pas aux limites de notre corps. L’idée d’un ego, d’un esprit qui vivrait dans notre corps n’est possible que pour autant qu’on fasse abstraction du langage comme phénomène social.

De par nos sens et ce langage qui est devenus le nôtre nous vivons en contact immédiat avec notre monde. Nous et notre monde sont inséparables. Nous sommes notre monde.

 

 

 

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* Richard van Egdom, sociologue (K.U.L) est didacticien en analyse existentielle.

Contact : richard.van.egdom@skynet.be